« Variations du départ en Silence » - l’essence.

Les Départs… il me plait à dire que cette œuvre mêlant poésie et piano est certainement la plus personnelle que j’ai pu écrire jusque là. Personnel - C’est ce que l’on dit généralement de l’écriture d’un quatuor à cordes pour un compositeur mais ici dans les « Variations du Départ en Silence », il s’agit d’une nécessité d’écriture, un exutoire en quelque sorte…

J’ai souvent écrit des mots sur les principes musicaux qui me sont chers (dont celui de la responsabilité de l’artiste à donner aux êtres de quoi devenir plus conscients et plus éveillés). J’ai toujours eu beaucoup de mal avec les œuvres, quelles que soient leur nature, dans lesquelles l’artiste « déversait » son pathos en abandonnant le spectateur vers un état comparable à son mal-être à lui.

Quel est le sens de l’art ? On pourrait affirmer qu’il a cette fonction d’élever l’être dans toutes les dimensions de son existence. Si malgré les émotions qui sont exposées et développées dans le processus d’écriture, l’auteur nous plonge dans des émotions plus morbide que nous l’étions avant l’écoute, avant de rentrer dans la salle, n’y-a-t-il pas là une forme de perversion plus ou moins consciente ? Nous avons tous connu cela en sortant d’une salle de cinéma où notre état ne prédisposait pas à nous sentir plus riche intérieurement et mieux portant à l’issue de la projection.

Pourtant, les «Variations du Départ en Silence » ne touchent pas à ce point cette relative et nécessaire neutralité de propos ; pour que le onlooker puisse en faire entièrement sa propre histoire, les mots induisent plus facilement une sémantique que le sonore pur ; cette pièce échapperait-elle un peu aux principes de proposition ouverte artistiquement dont je parlais plus avant ? Car il y a tellement de moi dans ces textes ! Il y a tellement de mon histoire…

L’idée originale vient d’une séance avec une médium via Internet au mois de mars de cette année ; j’étais alors en Sicile pour la création de Boussole et ne pouvait être présent à cette séance physiquement en France. Lors de cette connexion, par l’intermédiaire de cette canalisation, mes guides spirituels (si bienveillants à mon égard) m’ont grandement et simplement incités à écrire sur les Départs, « il faut que ça sorte, il faut que ça sorte ! » ont-ils dit.

Y-avait il des choses à résoudre, des choses enfouies tellement profondément pour qu’il faille utiliser cette catharsis ?

Alors, oui, je ne pouvais que prendre la chose très à cœur !

Cependant, la question de « mes Départs » n’est peut-être pas aussi personnelle que cela et dans l’histoire de ceux-ci chacun pourra certainement en faire des affaires personnelles et variées. Chacun pourra y voir, y comprendre les liens, les concordances, inventer ses propres images, songer aux manques, penser aux retrouvailles, se remémorer ses propres Départs en résonances et puis c’est dans le Silence qui suit les résonances que se résolvent les bruits des mémoires…

Les dix mouvements écrits pour le piano proposent, à la différence du sens des mots, un habillage, un contrepoint, une opposition aux textes. La musique se joue de choses convenues, de mémoires et d’improbables, de renouveaux. Les principes musicaux qui me sont chers en terme d’aléatoire, d’élans dynamiques, de polytonalités, d’atonalité, de superpositions d’éléments - même si la main droite et la main gauche sur le piano ne permettent pas des combinaisons aussi subtiles que les combinaisons de groupes instrumentaux - ouvrent des possibles d’écoutes. Le piano (joué par un seul musicien), dans sa polyphonie et sa symétrie dans le jeu est finalement un intermédiaire entre la monodie et l’orchestral.

Cette œuvre, par ces principes mêmes, n’impose ni tristesse, ni peur, ni doute et ne délivre pas "d’énergie basse" en cadeau à l’auditeur, c’est en tous les cas ce que je souhaite vivement.

Finalement, réussirait-elle aussi à allier les principes d’une œuvre ouverte où ces Départs ne sont pas seulement tout ce que l’on quitte mais aussi tout ce que l’on va conquérir ? Chaque Départ (dix textes), imbriqués de dix mouvements pianistiques dont le public participe à la combinaison aléatoirement, évoque un contexte, des personnes et des lieux différents ; ceux que j’ai aimé, ceux pour lesquels j’ai cru que la vie devait m’imposer l’oubli mais dont la joie des nouveaux Départs m’ont enseigné l’éternité ; tandis que je ne donnerai pas plus de détails quant aux personnes qui m’ont inspirées les mots ; je sais que se livrer avec son coeur est chose courageuse mais je sais aussi que la pudeur peut vite nous rattraper sans tarder et je laisse le soin à chacun ce savoir intime dans le Huit de l’Infini où le Départ marque le franchissement d’une frontière pour un retour vers ce qui est perpétuel.

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