Ti Quan une autre forme d’œuvre sacrée

Nous rentrerons demain, et ce, pour une première semaine, en résidence de création avec la compagnie 1.618.

Cette aventure s'ouvrira vers la suite, à la croisée des arts numériques, du théâtre, de la musique ; un disque sur la label Parnassié est prévu en janvier 2015.

Ce mois d'aout, en Corée a été aussi pour moi ainsi que pour Géraldine Paoli, l'occasion d'affiner l'écriture de Ti Quan, de cerner, dans l'univers Asiatique, les points de résonances dans notre propre écriture ; d'intégrer ou alors de rejeter certains éléments dont la présence ne nous paraissait plus "à propos".

Cela nous a permis de comprendre en profondeur que Ti Quan est une oeuvre sacrée ; j'entends par là, qu'il s'agit clairement de musique sacrée mais que la classification échappe totalement à celle de la tradition occidentale et dans laquelle nous pourrions retrouver par exemple les oeuvres de Bach, de Mozart ou plus généralement des Requiem et messes.

Cette distinction soumise aux dogmes et qui sépare le sacré du profane coupe totalement l'être des perceptions naturelles qui peuvent l'amener de façon autonome vers son propre éveil ; en ce sens, le religieux dont ce positionnement reste un moyen de contrôler l'humain, est seul à pouvoir décider de ce qui est sacré ou non-sacré.

Or ce qui nous relie à notre nature propre n'a pas besoin de religion mais se trouve en nous intrinsèquement et naturellement, voilà ce que les religions ne transmettent pas, par crainte de ces mêmes éveils : la peur de l'émancipation et de l'autonomie vis à vis du religieux.

La majorité des religions traditionnelles dont le latin "religare" (relier) est la racine du mot a perverti son action fondamentale.

L'oeuvre sacrée est celle qui permet l'ouverture de ce champs, l'ouverture de l'homme vers le divin mais qui n'a pas besoin d'une quelconque accréditation hiérarchique pour exister en tant que telle.

Le sacré n'est pas religieux et Ti Quan est nourri sans folklore aucun, des approches spirituelles qui nous ont construit depuis des années ; les références précises relient les approches naturelles travaillées dans le corps avec des pratiques spirituelles de l'humain, elles flirtent souvent avec le chamanisme ; c'est aussi pour cette raison qu'un nombre conséquent de langues est utilisé dans l'oeuvre.

Notre séjour dans un temple bouddhiste tout au sud de la Corée fut aussi la surprise des moines : Voir deux occidentaux en ces montagnes reste une rareté ; cela affirme pour nous cette sérieuse approche dans la pratique de ce que nous écrivons. Il faut comprendre le mot "sacré" dans son sens le plus noble et non dans ce qu'il pourrait renvoyer de connotations religieuses et dont le sens se galvaude, s'étiole tellement la religion peut, pour les raisons évoquées plus avant, couper la compréhension de la source.

Le mot "sacré" est synonyme de transcendance et doit échapper à tout dogmatisme religieux, à toute autorité qui se revendique comme telle et qui entrave le lien naturel.

Justement, Ti Quan se veut une oeuvre qui nous ouvre nous même à ce qui nous relie en direction de notre partie divine, c'est en ce sens qu'elle est sacrée, en laissant parler pour chacun ses propres sensations et en laissant émerger en chacun également ses propres nécessités et compréhensions intuitives.

Ti Quan n'est pas une vérité universelle mais celle que chacun peut trouver en lui-même.

Ecrire sur divers états propres à l'être humain tels la colère, la compassion, le rêve ou encore la jalousie n'est pas anecdotique et n'est pas là pour donner une représentation pure et naïve des caractères humains. Impacter délicatement et en conscience l'audience pour en mettre à jour les miasmes comme les lumières, afin de nous aider tous, afin de nous accompagner tous dans ces ouvertures de Conscience dont -nous le voyons bien - nous avons grandement besoin en ces temps, est le sens précieux de Ti Quan.

 

 

 

Contact