Technologie et Arts en écriture

 

Dans ce que nous élaborons pour l'opéra Ti Quan, la chose est véritablement passionnante !

Un ensemble : clarinettes, flute, percussions (peaux, sons concrets, vibraphone, métaux...), voix de soprano et une comédienne sur un point du globe et, d'autre part un violon alto sur un autre point.

Au delà du travail qui consiste à faire voyager les voix en aller-retour de la théâtralité à la voix lyrique (et vice-versa) entre la comédienne et la voix de soprano, cela, en trouvant les interstices phonétiques, les états justes et intentions sonores plus généralement.En impliquant une musique avec des accents de musique primale (naturellement humaine, car la thématique qui axe les choses en ce sens est décisive) ; cela, je l'ai déjà partagé, fortement inspiré par ce mois d'aout en Corée du sud, le pansori, la notion de l'espace au sein de la structure de la musique Coréenne entre autres choses...

Bref, ce qui se doit d'être écrit sur la partition est ici, dans le cas de Ti Quan tel que l'œuvre est imaginée finalement, à l'écoute des nécessités du réseau Internet.

Ces deux points en réseau, c'est à dire deux lieux, ne sont en rien une prouesse technologique et le seul fait de l'idée de challenge, je dois le dire, ne m'intéresse pas ! Ce qui nous anime avec l'équipe de la compagnie 1.618, c'est la simple idée de relier deux opéras simultanément et pourtant sensiblement différents dans leur présentation bien qu'ils s'agisse de la même œuvre, au même moment sur la planète et pourtant avec des publics fort différents. La conscience du lien, au moment où notre terre tourne, est d'être en harmonie de sens, de vibrations et de reliance pure.

 

La notion de lien extra-temporel et simultané, mettant en application vivante et directement humaine, la théorie de la relativité, finalement palpable par les sens !

Au delà du jeu et par le jeu et l'écoute, la conscience émerge.

La partition n'est pas simple à réaliser, car chose nouvelle, la musique doit tenir compte des aléas des délais de temps de réseau : décalages du point de l'alto pour intégrer la réceptivité et la diffusion des autres en son point ; et bien sur, l'écoute en chacun des points dont le son se décale 2 fois : une fois dans la réception, une fois, dans la restitution du partenaire à distance ; on répond en permanence à un instrumentiste dont le son arrive décalé alors que notre propre réponse a été également reçue en décalage et cela, de façon simultanée pour les deux points...

Ces paramètres existent de façon fluctuante en fonction de la qualité et du débit variable du réseau... Nous avons constaté et mis en évidence ceci lors d'un travail avec la compagnie 1.618 au conservatoire et à la Maison des jeunes et de la culture de Martigues au mois d'octobre.

La partition joue donc de ces paramètres, usant (comme j'avais déjà coutume de le faire, "il n'y a pas de hasard" dans mon écriture) ; oui, usant de temps où, alternativement, l'un des deux points détermine la vitesse ; usant aussi de temps lisses et de subtilités d'entrées et de sorties dynamiques de l'alto au sein de l'ensemble en laissant émerger de façon fine cet autre instrument dans un solo (physiquement en son lieu) mais qui n'en est pourtant pas un sur l'autre lieu.

 

Sans développer plus ici le coté technique de l'écriture (cela fera l'objet d'écrits plus didactiques et ciblés), voilà ce qui me parait important et primordial de dire, surtout dans notre actualité en teinte de blessures où l'homme ne comprend plus ce qu'il a lui même mis au point dans sa quête de modernité ; ce qu'il a rêvé dans sa propre évolution-élévation (peut-être) et qui ne sert souvent que trop des enjeux obscurs, ceux-là mêmes qui achèvent de l'asservir ; c'est notre constat global et planétaire, en toute observation : La technologie est magnifique, non pour prouver, démontrer ou encore assoir dans les non-dits inconscients, des pseudos trouvailles servant les égos plus ou moins frustrés d'artistes en mal de reconnaissance, mais très simplement, pour relier, seulement pour les sens et pour l'essence de chacun d'entre-nous ; et surement, nous pourrons respirer...

 

 

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