Maya enlightenment : expérimentations à Paris

Boussole permet de prendre en considération tout le processus de la kairotopie.

Dans ce principe kairotopique réside la notion de "frontières mouvantes" qui oscilleraient entre ce qui « fait spectacle », ce qui fait « morceau de musique », principe inhérent à tout mouvement, à tout son dont le fait de déterminer une ligne précise où nous basculerions dans l’un où dans l’autre serait purement arbitraire.

D’ailleurs cette frontière existe-t-elle ? N’est-elle pas liée à des conventions esthétiques, des mémoires ou des formes plus ou moins dogmatiques et dont l’ancrage en nous resterait totalement inconscient ?

Le son, le mouvement, la forme graphique en dehors du cadre donné par l’artiste existent bel et bien ; alors quel est le principe qui en fait de la musique si ce n’est la conscience de chacun pour en composer ses propres images par des perceptions singulières. A partir de la conscience, chaque objet mis en relation avec d’autres objets, dans son for intérieur – même si celui-ci tire ses principes de l’éducation, de la culture, de la mémoire, de l’émotionnel – devient œuvre.

La kairotopie en un lieu et un temps donné n’est que cette proposition de l’artiste à combiner en conscience les éléments perceptifs afin que chacun puisse en faire œuvre. Elle permet, dans un prolongement au quotidien, de saisir par le corps que toute création qui combine les éléments de choix dans nos univers personnels est artistique.

Dans ce concept dont l’expérimentation nourrit le développement, la kairotopie use de ce que j’appelle avec la chorégraphe Léa Canu-Ginoux, une maya enlightenment.

Il s’agit de moyens qui permettent d’entretenir une ouverture perceptive entre ce qui se déroule sur le lieu, ses proches alentours et ce qui est extérieur au lieu de la kairotopie.

Du point de vue sonore, les sons fixés provenant de l’extérieur sont ré-injectés dans un « intérieur » et finissent par entretenir un doute avec les sons (instrumentaux, locus perspicio) produits à l’intérieur.

L’équilibre de dynamique et leur nature est de plusieurs ordres :

. Dynamique similaire, timbres, éléments mélodiques proches des sons produits à l’intérieur. Cela pousse l’oreille à faire une distinction et élargit le champs de conscience spatial et temporel puisque le son est fixé, parfois légèrement retraité sans que celui-ci soit perverti dans sa nature fondamentale.

. Les sons fixés qui agissent comme un masque et laissent apparaître les sons intérieurs (sons produits volontairement ou silence – locus perspicio).

Leur arrêt est soit brutal (ils vont permettre une apparition soudaine des sons du lieu) soit en processus décroissant (l’arrivée des sons du lieu en tuilage en sera alors prévisible). Car enfin, les sons agissent de façon centripète et ramènent au lieu de la perception.

Dans les deux cas, la focalisation de l’attention du on-looker en sera accrue, sa perception de l’espace élargie.

La répétition des séquences de sons répond à la notion de répétition du langage :

Un seul son (de moins de 5 secondes) est un accident, deux sons similaires (certains étant légèrement modifiés pour en proposer une répétition en évolution comme un haiku sonore), sont une potentialité, trois sons, un développement. Il est à noter que le nombre de répétitions justes d’une séquence que l’on peut donner est variable. On constate qu’une séquence courte sera susceptible d’être plus souvent répétée qu’une séquence dont la durée est supérieure à 5 secondes. Il est probable, comme l’avait noté Stockhausen que ce qui est en jeu c'est la relation que nous établissons entre deux sons lorsque leur production se situe en moins de 5 secondes.

Il y a une corrélation probable dans ce que nous percevons dans une séquence au delà des 5 secondes, qui apparaitrait comme une forme de développement et non plus comme un accident. Alors, la proposition de cette séquence en répétition en deviendrait plus délicate et donnerait l’impression d’une forme d’insistance, pouvant même aller vers une forme de lourdeur.

 

C’est de cette sorte que les retours des on-lookers arrivent de façon verbale à la fin d’une kairotopie ; une magie sonore improbable vient souvent s’inviter à l’intérieur de la pièce faisant parfois prendre conscience aux connaisseurs du lieu d’un extérieur entendu différemment à ce moment là, entretenant la magie du doute perceptif tandis qu’on ne sait plus si le son existe dans un présent ou s’il est fixé. Renvoyant chacun à son propre silence de l’écoute, à son propre univers intérieur et autant interactif.

 

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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