Le plein et le vide

 

"Quel trésor ai-je découvert dans ces silences que je puisse leur donner en confiance ?" Khalil Gibran (Le prophète).

 

Mais qu'est-ce que réellement faire le silence sinon se mettre dans un état de non agir ? En ce sens, nous pouvons rapprocher cette pensée du dialogue entre Krishna et Vishnu qui s'instaure dans la Bhagavad Gita sur la notion hindoue de l'action et de la non-action.

Faire le silence n'est-ce pas se focaliser sur le moment présent en accueillant tout phénomène qui pourra arriver à notre conscience ?

Nous accédons au silence par l'arrêt relatif ou la diminution des bruits que nous percevons ; amener le silence peut devenir un art à part entière : ondes acoustiques et pensées parasites sont du bruit, c'est à dire des sons non désirés. Lorsque le phénomène mécanique qui est produit par la musique permet par exemple une coupure brutale ou une perte d’énergie progressive d’éléments sonores ou encore de pensées parasites, nous accédons alors à un degré d’acceptation, à une forme de paix ressentie intérieurement ; c’est donc un silence mais un silence tout relatif en nous, un curseur sur notre échelle intérieure ; notre degré d’acceptation est variable en fonction de nos états mais il en est de même pour chaque personne en présence des mêmes phénomènes.

Faire le silence c’est se mettre en réceptivité totale ou plutôt c’est tendre vers une réceptivité optimale, une acceptation de ces phénomènes.

Pour accueillir, il faut réellement renoncer à cette partie de soi qui veut tout maintenir dans une posture mentale.

C'est l’absence soudaine ou la diminution des phénomènes qui nous fait prendre conscience d’un silence purement relatif et intime.

Le son, par sa production mécanique dans la composition musicale permet, par l’intermédiaire de nos perceptions, d’accéder à ces états modifiés de conscience (hypnotise, réminiscences de souvenirs, énergies inconscientes évoquées (UST))…

Le son et l’absence (consciente) de son, la pensée et l’absence (consciente) de pensée sont phénomènes et vacuité, en ce sens, ils sont indissociables ; l’un ne pouvant exister sans l’autre.

C’est cet équilibre subtil qu’il faut aller rechercher en soi-même car il n’est pas question de renier le bruit mais plutôt de retrouver en soi l’équilibre du plein et du vide des phénomènes.

La musique étant la mise en relation consciente de divers phénomènes sonores entre eux ; par la perception ou par l’anticipation, cette dernière est plus communément appelée « composition musicale », bien que les deux le soient de façon comparable. Il s’agit dans ces deux cas de fonctions temporelles différées et de rapport d’activité entre réceptivité/accueil du phénomène concret et de l’abstraction dans la création et l´écriture du phénomène.

On a considéré, à tort, que le compositeur n’était que celui qui créait et combinait les phénomènes et non celui qui les percevait seulement par l'écoute ; ce point a cependant évolué depuis l’avènement de la musique concrète mais reste cantonné encore au dit « compositeur » et non au « onlooker ».

Il est naturel de retrouver dans sa propre écriture compositionnelle ces deux paramètres que sont l’abstraction, création du compositeur et celui de la mise en forme d’éléments accueillis de façon non contrôlée, ce qui nous amène aussi à la notion d’aléatoire. Il y a un équilibre des deux qui me paraît être de cette même nature entre action et réceptivité.

 

« Les objets, les couleurs, les sons, les vibrations existent indépendamment de nous, dans tout l’univers, pour tout le monde. Et pourtant, la couleur de la fleur, le son de la cloche, n’existent que par mes yeux et mes oreilles ». (Maitre Deschimaru).

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

Contact