le Départ | 9

juillet | nouvelle lune après-demain | faudra-t-il en invoquer de ces forces célestes | huit-heures vingt-neuf | c’est toujours l’heure d’un Départ | quelque part | et je me souviens | enfant | des aurores où nous devions partir | on m’a sorti plusieurs fois de mon lit du tréfonds d’un Silence de nuit et je tremblai | de froid et aussi de trop tôt | Je me souviens des Départs vers et aussi des Départs de | je me souviens de destinations innombrables à conquérir sans doute | la grille d’une école | la peur imaginaire d’un retard en confusion d’excuses | je me souviens de caravane vers Athènes ou Belgrade | d’autoroutes d’été et chaudes vers Vienne | vers Bruxelles | Venise | ou froides vers Digne | de colonies de onze ans ou de régiment forcées | et de cette maudite barre au ventre qui criait l’abandon | huit heures trente-cinq | c’est toujours maintenant | je me souviendrai encore beaucoup | je le sais un peu plus | un peu mieux | alors ici-bas j’en appelle à la force de la sève | le printemps d’un arbre qui coule dans mes veines | aux racines profondes aux ramifications des souffles | à la graine qui pousse un peu de moi vers encore un peu moi | à la cigale insolente qui se remet  à crisser | j’en appelle à mes mains impatientes qui toucheront de furieuses et nouvelles étoiles | aux seuls coquelicots qui reviennent en mai | à nos rires idiots parfois comme à nos peurs de nous perdre | encore une fois | à cette heure qui me fuit et me gagne pourtant | aux envies de rêves flous de mes futures mémoires | toutes ces choses à respirer dans l’air sucré de mon temps | il est neuf heures vingt-cinq | allons–y maintenant

 

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