Le bruit de la musique

article du 20 aout 2014

Une question revient souvent en ce moment, elle concerne l'utilisation que je fais de sons reproduits tels quels, je veux parler d'enregistrements sonores.

Ce qui vient à l'esprit est tout simplement le "pourquoi". Mais elle ouvre un chant plus large dans le principe et parait même déranger lorsque j'appelle cela "musique".

Mais au fait, où commence et où s'arrête la musique ? Y-a-t-il une frontière définissable ?

Un moine qui fait sonner une cloche fait-il de la musique ?

" Il me semble que c'est parce que l'attention auditive est défaillante qu'elle ne permet pas à notre conscience d'accéder à la compréhension de l'infinie interaction des sons ; incapables que nous sommes souvent à garder notre concentration et d'apprécier la subtilité de l'univers sonore d'un marché ou d'un café, de saisir la promptitude et la communication des énergies sonores entre elles.
Arrivés à la conscience par le travail autant que dans le lâcher prise, je suis convaincu que les sons nous offrent une clef en or de la compréhension de notre monde."

C'est par la conscience de l'écoute que le son (quel qu'il soit) devient musique. Lorsque je parle de conscience, je parle d'abord de la conscience de l'auditeur et d'une conscience supérieure (en hypothèse).

Je parle de la conscience de celui qui écoute et qui réalise (ou pas) l'existence de cette autre conscience supérieure, ne serait ce que par l'interaction des évènements liés aux sens (auditifs, visuels, olfactifs...) Car en deçà des consciences de l'auditeur et de la grande conscience, comment peut on argumenter le fait que les sons n'ont pas de conscience par eux mêmes ?

De la même manière on ne peut pas d'avantage argumenter sur le fait qu'ils sont habités d'une conscience supérieure ; sur ce point, je préfère laisser faire mon intuition plutôt que mon mental et je n'ai donc pas d'explication rationnelle, cela ne m'intéresse pas plus de rationaliser les choses ; je crois fondamentalement que c'est par la pratique, l'écoute intense que l'on peut saisir le sens et l'essence, le reste n'est qu'élucubrations.

Le son est avant toute chose "énergie" et je renvoie à cette étude, celui qui veut se pencher sur les comportements du son dans le temps comme je m'y suis penché durant plusieurs années au laboratoire musique et informatique de Marseille (MIM).

Saisir par l'écoute le comportement d'une énergie sonore est la base de toute sensation.

Si l'on compare un son instrumental que l'on écrit et un son anecdotique enregistré, nous pouvons dire que dans les deux cas, il y a une notion de timbre et qu'un choix a été opéré par sélection. Il y a donc un choix par l'écoute :

Dans un cas, elle est une écoute intérieure, dans l'autre une écoute extérieure à soi-même.

Dans un cas il y aura une production sonore jouée par un instrument, dans l'autre, l'utilisation sera fixe et invariante.

Hiérarchiser les sons qu'ils soient produits en conscience ou écoutés en conscience me parait être un rejet trop catégorique et renvoie à ce que j'ai dit au sujet de notre incapacité à les écouter et à les comprendre. C'est par cette écoute, qu'elle soit dirigée vers l'instrumental, l'anecdotique et la relation toujours consciente que j'établis vers les sons que je reçois ou encore que je produis (la production comprenant aussi une écoute) que la musique apparait ; c'est donc la notion d'intention qui fait naitre la musique ; voilà ce que je nomme "jeu sunétique".

Sans intention, pas de de conscience, et sans conscience, il n'y a pas de musique.

La comparaison entre le bruit d'un café ou d'une fugue de Bach dépend toujours de l'auditeur, de sa capacité à écouter, c'est ce que j'ai dit lors de ma conférence à Séoul, précisant, devant l'étonnement général qu'en ce sens, avec cette intention en conscience, n'en déplaise à certains, chacun peut être compositeur.

C'est d'abord l'écoute (entendons le terme dans son sens le plus large) qui doit profondément être éduquée.

La conscience et l'utilisation du monde sonore dans son intégralité est jeu sunétique ; action consciente de créer des sons sans les hiérarchiser et de disposer ceux-ci dans l'espace temps.

Le moine qui fait tomber consciemment le bois sur la cloche en écoutant ce qui se passe, celui qui enregistre ce son pour le partager à ce moment opportun avec quelqu'un, par leur conscience de la résonance et du timbre, sans avoir appris la musique, on peut affirmer que ces gens créent bien de la musique ; c'est par la justesse de leur propos, la finesse de la forme et la notion des interactions que les qualités vont se mettre à jour.

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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