L’amour ne périt jamais

   

Paris, durant trois jours où mes pas se sont laissés guider dans les rues, abandonnant en moi toute pensée de lutte, d'opposition entre les mondes de mes doutes.

Abandonnant l'attente et la frustration autant que la tristesse des choses que l'on ne peut saisir en dépit du coeur et de la force du coeur.

Alors je suis allé voir l'Angelus de Jean-François Millet ; une histoire familiale imposait de le voir, ce tableau ; le peintre, arrière-arrière grand-père, considéré comme l'Emile Zola de la peinture par l'aspect social de ses toiles.

L'émotion fut forte, subite, serrant mon ventre et ma gorge. 

On y voit pas seulement un couple de paysans qui prient en fin de journée mais l'accomplissement total d'une humanité qui embrasse les contraires.

La nuit/le jour ; nous avons d'ailleurs du mal à savoir si le couple se trouve dans la lumière ou à contre jour...

Le féminin/le masculin, le ciel/la terre, le travail/le repos, le silence/le son (de l'Angelus) ; tout marque un profond recueillement dans le présent où la phrase du Christ "tout est accompli" résonne tout autant que cette cloche devinée.

Cette condition de l'humain où l'acharnement, l'arrachement de la peine vaudra peut-être un salut dans un monde autre.

Cet instant entre chien et loup ou tout se résout depuis les pieds dans la terre en poussant la tête vers un ciel toujours insondable tandis que l'on offre son être à la lumière comme à la nuit la plus obscure.

- Est-ce comme cela que les hommes vivent ?

Le matin même, mon labeur à moi fut celui de travailler à l'écriture d'une pièce pour orchestre : elle s'intitule "Simultanéités", elle tente aussi d'épouser, à moins que ce ne soit d'effacer les contradictions de bouts de vies, de contraires apparents, de moments lointains et proches à la fois, des émotions qui en cachent d'autres, des rires qui cachent des sourires, et dans le temps comme dans l'espace des coeurs.

Et puis je suis rentré, me laissant happer par les écrits de maitre Deshimaru, me laissant glisser dans l'abandon entier des craintes et du "désir" de tout maintenir, laissant mon regard déchiffrer l'indéchiffrable : "l'amour ne périt jamais".

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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