La musique ne sert à rien...

 

Résonance, c’est un mot que j’aime car il évoque le bruit-son de la vie même…

Il laisse l’idée de mémoire s’immiscer dans un présent que je laisse défiler en permanence… Oui, je le laisse défiler car il dé-file bien sans moi, le salop, je sens qu’il n’a pas besoin que je me penche trop longtemps sur son cas, il n’a besoin de moi que pour que j’y mette mes cadres, ces choses toutes formelles, ces systèmes de pensées, ces strates de croyances et puis de doutes parfois ; lieu où résident toutes nos peurs, toutes les magnifiques errances qui nous guident vers un rien absolu et puis c’est tant mieux…

Il n’a besoin que de mon être tout entier, concentré dans des moments opportuns pour en saisir l’essence du moment ; chaque fois, et cela depuis toujours visiblement.

Quelle est la différence de cet art, « la musique », avec ce qui nous traverse dans nos vies à chaque seconde ? Est-elle séparée de nous ? Comment puis-je saisir la forme du temps, les contours invisibles d’un moment sculpté, pour en écrire des instants que les musiciens tenteront de figer dans un autre moment singulier et pour d’autres paires d’oreilles ? Quelle est cette imbrication de bouts de temps, emboités dans des myriades de possibles, d’expressions et d’ouvertures de ces mêmes possibles au delà de ce qui paraît figé sur le papier si ce n’est le pendant de notre vie même ? Quel serait cet intérêt vital de vouloir parler par les sons ?

Ce que l’on nomme communément « musique », n’est-il pas rythmiquement, dynamiquement, la sculpture (écriture en prévision), l’improvisation (l’écriture de l’instant), la résonance (rémanence, mémoire) des instants de nos vies ?

Et je tente de les transcrire dans des vibrations synonymes par ce que l’on nomme timbre, matière, harmonie, rythme, polyrythmie, contrepoint, césure, rupture, pulsation, non-pulsation, polytonalité, dynamiques, tonalité, modalité, atonalité, spectralité, graphisme, monodie ou mélodie…

Alors dans tout cela, la musique, dans sa connotation entravée de croyances, de dogmes stylistiques et esthétiques, tout ce que l’on appelle communément « musique » ne sert à rien sinon à te voir danser et à en être caressé d’une onde insondable.

A se sentir soi-même et percevoir l’autre respirer l’odeur de cette fleur que l’on osait toucher.

A être ébloui par la lumière bleutée des yeux que l’on savait déjà.

A se laisser happer par le temps d'un soleil qui se couche sur l'horizon.

Non, la musique ne sert à rien sinon à se sentir vivre en soi et se savoir vivre en l’autre.

Elle n’est que la loupe, le cadeau, l’évidence de ces bouts de temps que l’on croyait perdus pour toujours, que l’on allait négliger en inconscience et en inconsistance.

Non, la musique ne sert à rien si on ne la sent pas jaillir des silences des mots, des silences des gestes et des silences du silence.

 

 

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