La kairotopie, une définition

Si je devais définir ma démarche musicale elle serait « place de Marché » ou « kairotopie ». Cela implique un lieu et un temps dans lesquels l’auditeur plonge dans une écoute immersive et non événementielle, à contre courant d’un monde de l’appât du gain, ici, il n’y a rien à attendre mais tout à vivre dans des instants.

Pour cette raison le positionnement des musiciens n’est pas systématiquement frontal, ceux-ci peuvent eux aussi se répartir et se mouvoir dans l’espace commun.

L’auditeur peut alors orienter son écoute dans un choix conscient vers ce qu’il a envie de percevoir, pour la même raison il peut bouger son corps, déambuler à son gré, chuchoter, boire un thé, se sentir vivant…  Il ne subit pas une proposition unique mais il se trouve en lieu et place où son corps et/ou son esprit peuvent bouger en conscience.

Les sons dans lesquels l’auditeur baigne peuvent avoir des temporalités et des espaces différents le plus souvent : les sons instrumentaux du présent et du lieu, les sons fixés du passé et d’objets sonores extérieurs au lieu, le silence inhérent au lieu qui permet de renvoyer l’auditeur à sa propre production sonore volontaire ou involontaire.

Ce qui fait œuvre ne raconte pas une histoire, ne l’impose pas mais donne un poids à l’instant des phénomènes qui se produisent à sa conscience et aux instants multiples de simultanéités et de synchronicités : tout se résout donc à chaque instant.

Pour citer Bachelard et l’intuition de la non continuité apparente des phénomènes ; nous pouvons dire qu’ils sont appréhendés tels quels car la musique ne donne pas une articulation en imposant une durée perceptive. Cette articulation et ces combinaisons restent subjectifs car le temps et le point d’écoute sont inhérents à chacun, percevoir cela en profondeur permettrait certainement d’éviter les conflits de toutes natures…

« Les simultanéités sensibles qui réunissent les parfums, les couleurs et les sons ne font qu’amorcer des simultanéités plus lointaines et plus profondes. (Gaston Bachelard – « Métaphysique et poésie », revue messages).

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