La Démocratie mise à mal par le dogme.

Faire d’une vision du monde et  d’un mensonge une vérité unique, l’ériger en affirmation incontestable, c’est le principe et le socle du dogme.

Cette négation de l’alternance possible est le creusé du dogmatique ; celui-là qui fonde un ensemble de croyances en usant de symboles empruntés sur sa vision de la modernité lorsqu’il n’a pas été le symbole de liberté individuelle, amalgame entre la liberté fondamentale et le « self-made man » à l’américaine, individualisme et égocentrisme sont alors érigés en valeur absolue de réussite.

Cette vision des choses du monde nous présente comme inéluctable l’obsolescence des objets, car il faut entretenir le principe de la consommation à outrance au nom du dieu « croissance » qui n’est autre qu’une course effrénée à la consommation, fidéliser le monde à un achat régulier et permanent, un peu à la façon d’un achat à crédit et sans fin. Cette obsolescence est déterminée dès la fabrication, elle contient en elle même son propre programme de dégénérescence ; voilà ce que le dogmatique n’a eu de cesse de présenter en opposant cette société moderne aux sociétés qu’il qualifie de « primitives ».

Dans d'autres domaines, l’utilisation abusive du concept des Droits de l’Homme pour en appuyer un autre, celui du droit d’ingérence mène à une guerre d’intérêts sur des populations civiles subissant déjà le dogmatisme de leurs dirigeants ; derrière cela, un but à peine affiché, celui de faire transiter des gazoducs, de s’emparer commercialement du pétrole et plus généralement des ressources naturelles, pour soumettre économiquement un pays. L’invention du terme « frappes chirurgicales » creuse ce sillon pervers déguisé en guerre humanitaire - Mais comment la guerre peut-être humanitaire ?

La chirurgie dentaire ça fait plus propre que les mots des arracheurs de dents.

Le dogmatisme est une croyance qui s’ancre, s’insinue et s’immisce, arrive, si on n’y prend garde à faire croire que certains possèdent le pouvoir et la justice d’un apport civilisateur sur d’autres populations : en effet, on nous a fait croire que sans ces apports coloniaux (pour les civiliser nous arguait-on),  Sioux, Pygmées ou Tahitiens n’auraient pas pu connaître un réel progrès social et spirituel…

Cette croyance réside en la non-alternance possible, d’un concept économique différent, qui fait le lit du système banquier, financeur depuis maintes décennies d’innombrables guerres et  dont les gardes-chiourmes, les agences de notations, seraient les garantes uniques de l’équilibre financier d’un pays ; elles seraient un puits de sagesse en matière économique : un simple « A » en moins sur les trois initiaux et une élection présidentielle est placée sur la sellette.

Des mythes fondés de toutes parts et de toutes sortes, dans la fabrication de personnages inventés tel Stakhanov et de populations entières dont nous serions les uniques et purs descendants comme nos aïeux les Gaulois.

Car, oui, le dogmatique utilise l’histoire de son pays autant que l’archéologie à la façon qui arrange le mieux son business.

Pendant qu’un nuage radioactif intelligent s’arrête à la frontière, le mensonge impose son absurdité en dogme usant de l’abrutissement de l’information : chaque jour, se célèbre la grand messe du journal télévisé des chaines dites publiques et dont la partialité et l’orientation laissent de moins en moins de doutes sur l'objectivité.

Le dogme s’affranchit des actions peu reluisantes de l’histoire lorsque cela ne l’arrange plus, aujourd’hui, les choses sont saines nous dit-on : il est impensable qu’un président soit corrompu et fasse assassiner des hommes impliqués dans des financements occultes, qu’il n’est pas pensable qu’il reçoive en mains propres des valises de billets pour financer sa campagne électorale ou qu’il ouvre un compte téléphonique sous un faux nom… Le dogme relègue les histoires de Néron et Raspoutine aux temps jadis ; aujourd’hui nous vivons enfin une époque moderne et formidable, un vrai monde de progrès !

Le dogmatique, pour s’entretenir, s’ancrer dans les esprits et les manipuler à sa guise, crée des problèmes de toutes pièces afin d’apporter des solutions qu’il orientera à sa sauce : il invente des dettes ou plutôt, les banques l’inventent pour lui ; après tout, ce sont elles les spécialistes du crédit ; les banquiers se nourrissent des déficits d’état rebondissant jusqu’au système de protection de santé et dont les montants du pseudo-déficit peuvent être pourtant comblés à la rapidité de l’éclair, celui de l’effacement d’un impôt sur la fortune ; mais le dogmatique ne cherche jamais la solution rapide et efficace dans l’empêchement de l’évasion fiscale ; il utilise un fin vocabulaire, invente une pseudo solidarité populaire, et utilise la culpabilité (héritage judéo-chrétien) , il parle de « charges sociales » lorsqu’il s’agit de cotisations (le poids des mots c’est important) des salariés eux-mêmes et oppose ceux qui se lèvent tôt aux feignants et profiteurs du système, lorsque ceux-ci ne sont pas des fraudeurs (tandis que lui même, le dogmatique est sain(t)), il ne parle pas du principe fondamental de toute caisse de cotisations en omettant volontairement aussi ce bout de l’histoire de son pays, ne disant pas qu’elle a permis la création de la dite caisse (notamment dès l’après guerre, dans un pays pourtant ruiné).

Alors, pour trouver le coupable qui n’est jamais le politique décisionnaire, on parle de déficit et on nous dit que les « antibiotiques c’est  pas automatique » et que « les produits laitiers sont nos amis pour la vie » ou "qu'il faut manger au moins cinq fruits et légumes (pesticides inclus) par jour " ; car le dogmatisme suinte de tous côtés, il pénètre vite tous les contextes de nos vies, il infantilise les masses en le montrant du doigt, à la dérobée, oui, ce profiteur, cet inconscient qui n’a rien compris ou "qui n’est rien" tout simplement, car il est le responsable de ce qui va mal – « Quand on veut tuer son chien on l’accuse de la rage ».

Le dogmatique est très fort à la télévision et surtout à l'émission de divertissement « Des chiffres et des lettres », oui, il joue aussi avec les chiffres, les manipule à sa guise et pour cela tous les moyens sont bons, laissant planer des doutes, mentant effrontément avec les chiffres concernant les entrées migratoires, faisant croire que celui-ci, le chiffre actuel est supérieur à ceux historiques de son pays.

Le dogmatique utilise le mensonge comme premier outil ; Il ne dit jamais qu’en tant que responsable politique ou haut fonctionnaire c’est lui qui a mal géré, c’est forcément un autre que lui ;  il n’a laissé ou provoqué nullement le creusement abyssal des budgets ;  cette question ne se pose d’ailleurs jamais, il préfère pointer du doigt celui qui a payé de son salaire, responsable selon lui du déficit (« les antibiotiques c’est pas automatique ») et que maintenant ce dernier doit rembourser sa dette, payer son arrogance et son insouciance des enjeux de la protection sociale, il doit payer pour ses collègues, pour ces parents tandis que ses parents, eux à la retraite, avec l’augmentation de prélèvements, paieront pour lui ; magnifique tour de passe-passe, joli principe culpabilisant qui ne se résoudra jamais – et c’est le principe du dogmatique – créer le problème, montrer du doigt, faire diversion, désigner un coupable, méthode de communication totalitaire qui a longtemps fait ses preuves.

Mais si c’est « vu à la télé » c’est forcément vrai non ? Pour Gilles Deleuze, l’information n’est pas en tant que telle un gage de liberté. Lorsqu’on nous donne une information, on nous impose de la croire, ce que nous avons tous tendance à faire dans un premier temps ; de là, la dérive invisible vers une soumission béate envers le monde médiatique, par une information plus qu’orientée, non objective, outil partisan des pouvoirs en place que nous allons rarement ou jamais contre-vérifier.

De là, germent aisément les émissions de télévisions abrutissantes où on ne nous demande rien d’autre que de laisser apparaître notre bêtise, nos instincts primaux de voyeurs, et nos incapacités de jugements les plus crues.

Car le principe du dogmatisme est à l’instar des mots de Noam Chomsky, celui de créer un problème où il n’y en avait pas pour apporter une solution qui ne servira jamais le premier concerné, le coupable ou disons le « culpabilisé » mais surtout celui qui a inventé le problème.

Le dogme, prison invisible qui se nourrit des peurs pour créer un cadre non pas sécurisant (cela c’est le mensonge) mais enfermant et infernal ; qui empêche dans son système bien ficelé, le citoyen de penser autrement. Pour cela, toutes les entrées seront bonnes pour créer ces attaches, le dogmatique ne connaît de l’éthique qu’une vague définition du dictionnaire.

Alors, les troubles fêtes qui se sont aventurés à la caricature en marionnettes durant des années sont censurés dans les médias appartenant à la poignée des dogmatiques qui se partagent le gros gâteau, richesse créée par les uns, dégustée par les autres, oui, souvenons-nous, ceux qui doivent se lever tôt sous peine d’être relégués chez les feignants et les profiteurs du système.

Cette culpabilité, joli outil du dogme en héritage judéo-chrétien, imprègne les esprits par tous les moyens : « Je suis responsable, je lève le pied pour moins polluer », lit-on sur les panneaux d’affichage des autoroutes tandis qu’en fond, brûle ce ciel noir Total devant l’usine.

Le dogme part toujours d’une forme de réalité qui dans son essence ne peut-être niée et de ce problème se met à jour une extrapolation du dogmatique, cela afin d’affirmer la légitimité de l’action à suivre ; c’est en ce sens que le dogmatique est dangereux car on ne le voit pas du premier coup d’œil.

Le mensonge de la sécurité routière « telle qu’on nous la vend » impose des réductions toujours plus drastiques de vitesses pour notre soi-disant sécurité sauf aux endroits autoroutiers cédés aux sociétés privées. En effet, en payant ça nous préserverait mieux de l’accident.

Le dogme parle de démocratie et le mot nous renvoie à tant d’avancées humanistes, tant d’espoir de libertés individuelles ! Tandis que le système politique montre chaque jour un peu plus l’imposture du pouvoir en place, sa violence au sens figuré comme au sens propre. Pour cela il a réussi à nous faire croire qu’il est la seule alternative aux extrémismes de tous bords, se définissant toujours lui-même comme mesuré et empreint de sagesse dans ses lignes ; vendre des armes (oui, même aux dictateurs, car c’est bon pour la croissance du pays du fabriquant) est la seule réalité qui vaille car elle permet de faire respecter les Droits de l’Homme, chasse gardée des parents et cousins du dogmatique ; oui, le dogmatique œuvre pour la paix dans le monde car il est garant et dépositaire unique de la déclaration des Droits de l’Homme.

Pour cela, il agit en ne se définissant plus ni de droite ni de gauche, il dit que ces temps sont dépassés et qu’il ne faut pas se positionner de façon partisane ; il omet en cela sa propre posture au delà des partis mais il en recrée un nouveau et ça marche ; il est la solution suprême et pétrie de raison, tandis que celui qui irait dans un sens contraire, jusqu’à imaginer un mode de vie alternatif, un monde autre que celui imposé par la pensée raisonnable qu’il proclame serait une erreur ; plus que cela, ce serait illégal.

Le dogmatique ne doute de rien et peut déclarer une guerre économique quelles que soient les conséquences écologiques et sociales dont il a d’ailleurs peu à faire, il peut déclarer une guerre militaire (les deux étant d’ailleurs liées par la vente des armes), il peut passer au-delà des autorisations onusiennes et ne s’encombre plus des débats parlementaires (il préfère gouverner par ordonnances), tandis qu’il déclare sans s’embarrasser, illégale la culture d’un carré de salades biologiques. Pendant ce temps, il expulse manu militari les sauvages jardiniers.

Le dogme continue à s’habiller de démocratie ou plutôt de son vocabulaire et de ses symboles et c’est en ce sens que nous avons du mal à le discerner du premier coup d‘œil, il maitrise l'art du camouflage guerrier. Furtif, il arrive sous couvert démocratique à se poser comme la seule alternative à son cousin au front haineux mais il est en réalité aussi dangereux que lui, il ne s’offusque en rien de la détention des enfants des migrants, il en allonge même la durée possible. Non seulement ces actions et ses positionnements sont très proches de l’extrême puisqu’il fait entrer sans gêne un état d’urgence dans le droit commun, permettant un contrôle de la police sur simple soupçon, décision préfectorale, c’est à dire directement de l’état ; ce qui en définitive nous fait glisser rapidement dans un état policier. L’extrémiste historique et montré du doigt par le dogmatique (il aime bien monter du doigt) est plus facile à reconnaître car il est « plus brut » ; le dogmatique, lui, a surtout appris avec le temps à maquiller son totalitarisme sous les archétypes divers de la république :

Dans le vocabulaire par exemple, il entretient des amalgames de langage, c’est sa spécialité et il assimilera aisément « libéralisme » à « liberté » ou comme on l'a vu plus haut « cotisations sociales » à « charges salariales ». Car on l’aura compris, le dogme est l’inverse de la démocratie, il est un totalitarisme masqué.

Le dogmatique est le garant de l’état, et l’état pense à nous, il protège, il prend soin de notre santé et nous impose de nous vacciner abondamment ! Du lobbying ? Non, non c’est pour notre bonne santé et celle de nos enfants nous dit-il !

Parfois, le dogmatique ne tente même plus le mensonge, il impose tout simplement, au risque d’imploser, il explose la contestation directement écrasée sous sa botte et sans sommation s’il n’use pas de moyens de manipulation par le vocabulaire, d’autres fois il fait cela sans les armes (rappelons nous qu’il est pacifiste, démocrate et conscient du bien commun) pour que la révolte soit tuée dans l’œuf ; il compte d’ailleurs sur les « égoïsmes primaires », à l’instar d’une mauvaise télé-réalité (pléonasme), pour éliminer le nuisible qu’il désigne en tant que tel.

Le dogmatisme a été longtemps religieux, usant déjà d'une usurpation de vocabulaire et confondant dans son intérêt sectaire le mot religion et spiritualité ; il l’est toujours mais il a été rattrapé par cette religion qui n’a pas dit son nom et dont le messie ne dit pas plus son nom. On comprend alors petit à petit qu’il est réellement monothéiste, inféodé au dieu argent, il rend un culte à la matière qui brille. Il veut posséder toujours plus sans se poser la question de sa propre possession ; il ne comprend pas vraiment l’arcane XV du Tarot de Marseille.

Alors, comment s’extraire, se trouver soi-même, acquérir du discernement et une raison profonde dans la prison sans barreau de la bête qui dit être l'incarnation de la démocratie ?

Nous avons pensé, fut un temps, et nous le pensons peut-être toujours, que la culture était une solution ;  mais le nazisme a pourtant construit son socle sur un pays de culture vive.

Si la culture a un pouvoir d’émancipation, de transmission de la connaissance et de sagesse de façon certaine, elle peut être aussi un parfait outil du dogmatisme et être orientée à des fins totalitaires, c’est hélas généralement le cas dans l’histoire de l’humanité.

C’est le discernement, au delà de toute transmission culturelle, dans le sens où celui-ci ouvre une compréhension profonde du monde à partir de son centre, c’est cela qui permettrait une réelle liberté individuelle.

Il se peut que seule la perception, l’apprentissage et la pratique des outils perceptifs ait une réelle action sur une approche du discernement.

Apprendre à s’approprier ou se réapproprier l’outil de la perception serait un moyen de pouvoir réellement faire des choix conscients. Affuter les sens de la perception, apprendre à les affiner permettrait l’accueil des évènements, la compréhension de leur relation, l’appréhension du cadre et l’émancipation de celui-ci.

Et ceci, en nous assurant que cet intérêt vital à retrouver une nature perceptive dans l’ouverture qu’elle permet, ne devienne pas elle-même assujettie à un nouveau dogme.

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