La composition, entre mémoire et renouveau

Il me semble que des forces se jouent en moi dans ce que j'ai envie d'écrire comme musique : D'un coté, une profonde foi éclairée par des moments de conscience et la conviction profonde qu'il faut utiliser des choses nouvelles et de l'autre, une crainte qui convie cette partie culturelle, cette mémoire à exister au sein de l'écriture.

Je lutte presque entre le fait d'accepter l'appris, qui dans la plupart des cas est accompagné de l'émotionnel ; il s'agit de l'idée de la mémoire contre la libération de celle-ci afin d'écrire des choses qui ne sont pas encore ancrées en elle ; il s'agit dans ce cas, souvent, d'éléments plus aléatoires car l'aléatoire convie la nouveauté, il s'agit de choses moins tonales ou moins modales.

Tiens... La tonalité ferait elle partie du culturel ?

La question est aussi ici : Est il possible de retrouver le sens, de façon tout à fait nouvelle, dans ce qu'apporte la tonalité, de retrouver sa nécessité en terme de spectre naturel, de résonances et de répétitions d'intervalles dont l'utilisation, je le sais bien dans les consciences et les effets sonores, a également du sens ; ne plus la rejeter systématiquement comme étant une ringardise que certaines têtes bien pensantes de la musique française n'ont pas hésité à dénigrer dans le 20ème siècle.

La question est aussi : Que nous raconte la tonalité ?

Je travaille en permanence sur une écriture qui s'invite dans le moment présent, par des temporalités choisies par l'exécutant lui même, par les reprises (des boucles) qui peuvent à tout moment être coupées au sein d'une phrase, laissant la fragilité, le doute, l'envie s'installer lorsque ces éléments se présentent chez le musicien au moment de l'interprétation ; j'aime cela et le trouve profondément touchant lors de l'éxécution.

Serait-ce un acte de libération en rapport à mes années d'apprentissage musicale depuis mon enfance et dont la performance et la perfection ont toujours été un but recherché par le système éducatif et l'écriture musicale elle même ?

En tout cas, je cherche les actes libérants au sein de l'écriture ; je veux dire, libérants pour le musicien qui joue, pour le musicien qui est autre chose qu'un musicien. Le souhait de me positionner en deçà de l'oeuvre est prégnant.

Alors, pourquoi cette mémoire parait s'inviter systématiquement ? Peut-on échapper totalement à cela ? Je parlais de la tonalité que je n'ai pas toujours utilisé, loin de là, mais la question se pose également au sujet de la forme, de l'orchestration, de "l'évocation", de la pensée même musicale.

Je suis persuadé aujourd'hui qu'il s'agit maintenant d'écrire une musique profondément humaine où le compositeur n'impose plus son ego - où le pathos qui est souvent relié à la mémoire est absent ; nous avons changé de temps et il s'agit d'évoluer dans cette nouvelle temporalité, dans cette pleine nature des choses. Il s'agit d'éclater les vieux schémas utilisés par des compositeurs qui prétendent travailler avec les interprètes mais ne supportent pas un souffle à peine différents de l'idée rigide qu'ils avaient de leur oeuvre. La musique acousmatique fixée que je ne rejette en rien, a ceci de particulier, c'est qu'elle ne se rapporte qu'à celui qui l'écrit ; mais le fait même de triturer des sons de façon excessive sans permettre une seconde à l'anecdotique de s'inviter, de ne pas permettre aux sons d'exister par leur simple présence du moment, rappelle le compositeur dont la musique instrumentale ne peut s'interpréter ; entendons cela, dans le sens où aucune liberté ne peut être prise au moment du jeu.

Lorsqu'on couche des notes sur un papier, qu'en est il de l'humain ? Quelle fonction réelle, attribue-t-on aux musiciens ? Les compositeurs se posent-ils réellement cette question essentielle ?

Il s'agit de permettre au musicien dans le plus grand partage, de s'approprier l'oeuvre, qu'il en fasse son oeuvre personnelle ; le compositeur n'étant là que pour aider à cela à l'aide de ce que j'appelle un plan initial.

En tant que compositeur, cela demande de laisser ses frustrations de coté ou en tous les cas, de travailler sérieusement sur celles-ci.

Cela demande de se pencher sérieusement aussi sur son discours, son propos, sa proposition en tant que compositeur.

Cela demande enfin, un véritable lâcher prise - Sérieusement.

 

 

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