Kairotopie : Les contours du silence.

 

La question de la « place de marché » ou « kairotopie » dans l’écriture musicale est une démarche quasi « alchimique ».

C’est à dire que l’écriture apparaît comme une voie spirituelle ; l’oeuvre à naître doit tendre vers cet idéal de justesse qui serait une résonnance parfaite avec ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons intimement, ce qui est profondément juste pour soi.

Le besoin d’entendre dans sa tête la musique du processus, de s’en approcher au plus près, est aussi travaillée en phonomnèse - c’est le terme -  Il s’agit d’entendre les sons de façon mentale, d’entendre leur timbre véritablement à l’intérieur de soi, d’entendre le déroulement de la pièce dans sa temporalité ; de créer les réponses, les correspondances les plus justes entre les divers éléments de la kairotopie : Sons instrumentaux écrits ou improvisés, sons fixés, locus perspicio (silence qui renvoie au son du lieu), plan initial affectif qui permet la relation directe du « on-looker » en l’impliquant dans l’œuvre avec ses propres perceptions mises en éveil. Pour cela, j’utilise personellement l’outil de l’auto-hypnose qui me permet de rentrer dans cet état de réceptivité et de créativité optimales.

Les éléments du son m’apparaissent de plusieurs natures, un continuum qui apparaît un peu comme le « centre » dont je parle dans le jeu sunétique.

Ce centre se déroule en répétitions variées et agit à la façon d’une anamnèse dans ces répétitions, il est plutôt de nature stable dans ses dynamiques ; il est de l’ordre du choral, de la fugue, de la mélodie, d’une ou plusieurs tenues, d’un processus ou d’un état stable ou agité ; s’il apparaît de façon tonale, il sollicitera plus la mémoire et le culturel mais il peut apparaître également de manière atonale. Son principe est de maintenir un « centre », une valeur sur laquelle le on-looker puisse s’appuyer, se retrouver, se poser, se rassurer par le principe de stabilité et de répétition ; il s’agit de musique abstraite puisqu'elle favorise les hauteurs des sons et éventuellement une pulsation perceptible ; elle ne permet qu’une approche de sensations, d’imaginaire singulier car elle ne renvoie pas directement à un objet concret.

Les événements instrumentaux improvisés ou écrits, apparaissant comme des accidents arrivent quant à eux en effractions sonores ; là aussi ils sont de plusieurs natures, outre leur caractère spontané et bref (improvisation libre, interprétation graphique, motifs atonaux). Il est plus judicieux en effet que leur nature ne soit pas tonale afin de créer une rupture avec le centre, Ils peuvent être aussi de nature concrète, présentant leur timbre prioritairement à la mélodie qui elle, est donnée par les parties du « centre ».

Les sons fixés arrivent en séquences et leur matière permet parfois une « Maya enlightenment » entretenant un rapport « magique », mettant en exergue l’illusion de sons dont on ne sait plus s’ils proviennent du lieu même de la production ou d’un ailleurs, ceci afin d'élargir le sens perceptif et le champs de conscience.

Le silence (Locus Perspicio), est amené directement par les contours de la forme. Il renvoie au son de l’espace en présence, au son produit volontairement ou non par les on-lookers et les performers, par le son finement perceptible du lieu (gaines électriques, chauffage, bruits de l’extérieur perçus à l’intérieur etc.)

Il y a aussi un plan initial affectif (cf. le jeu sunétique) et qui permet d’entretenir ce lien, ce rapport direct d’implication de l’observateur avec ce qu’il est en train de vivre.

Dans ce cas, une relation s’établit entre les protagonistes et les musiciens, par des actions variables qui invitent à une écoute de proximité, à la confidence, à la bienveillance. Cette action est une sortie qui paraît « hors cadre », elle brise les barrières du spectacle classique, elle est proche du Maya enlightenment dans le sens où « un flou » est entretenu entre le fait de regarder ou d’être regardé, d’agir ou de voir agir ; principe finement mis en évidence dans la traversée performative « De l’intime au collectif » de Virginie Coudoulet.

Evidemment, il ne s’agit pas de juxtaposer des éléments mais de travailler sur leurs correspondances, leurs liens dans les textures, les dynamiques, les oppositions de sens et de perceptions. Ils sont donc créés les uns en fonction des autres.

La kairotopie recrée l’espace perceptif journalier (d’où le terme « place de marché ») en tentant d’y apporter une lecture plus claire qui permettrait un éveil au monde, plus difficilement discernable dans notre quotidien, sur une vraie place de marché.

Il est à considérer que chaque univers qui est perçu est sacré. Il est sacré dans le meilleur sens du terme car il révèle une compréhension affinée par le biais des relations dans l’espace et le temps dont nous avons du mal à en extraire un sens, à nous éveiller simplement à notre nature interdépendante des objets et des personnes qui le composent. 

La perception et la compréhension intuitive, multiplicité des éléments visuels, sonores, kinesthésiques comme une porte d’accès vers l’unité. 

 

 

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