et puis il y a le Sacré…

Picasso "deux soeurs".

 

Il y a des lieux de nous mêmes, des endroits si intimes en nous que nous ne pouvons y accéder comme ça, à l’envie.

Peut-être parce que plus une chose nous est familière, moins nous y portons l’attention qu’elle mérite.

S’habituer, s’accoutumer, perdre conscience n’est-il pas le propre de l’humain ? Et dans cette répétition incessante des gestes, des regards et des pensées, les sensations de l’enfance, la simple naïveté finissent par s’estomper jour après jour de cette joie profonde et innée. Peut-être parce que cette énergie de l’amour n’habite pas vraiment à ces endroits précis mais à d’autres endroits inconnus ; allez savoir pourquoi…

Dans le zen on dit que chaque fois que l’on s’assoit sur le zafu pour méditer il faut garder toujours l’esprit du débutant.

Alors sans cet état d’être, on cherche une saveur que l’on ne parvient plus à saisir dans ces petites actions devenues mécaniques ; on cherche à nourrir le corps, le cœur et la tête de la bête de toutes ces choses autrement futiles ou encore dérisoires et qui sont parfois bien éloignées de la première sensation ; on finit par entrapercevoir le monde dans un brouillard d’illusions ; à moins que ce soit la conscience de ne pas se sentir aimant qui nous apparait de cette manière indélicate.

On ne pourra comprendre que notre centre intime, le gout de l’éternité est pourtant enfoui en nous-même ; tandis que nous tournons autour de ce même « nous » plus ou moins sainement, avec plus ou moins de conviction et d’envie.

Et puis il y a celle ou celui avec qui on sait le Sacré, à un endroit qui relie la terre et le ciel, dans un moment qui échappe aux aiguilles de l’horloge, dans ce temps en dehors du temps comptable et auquel on ne s’accoutume jamais et c’est tant mieux ainsi. Celle ou celui qui vient traverser ce « nous » dans la réciprocité.

Celle ou celui que l’on aime, vraiment, profondément, naturellement et qui n’a pas besoin des mots pour poser son front contre notre front, pour prolonger son regard dans le notre en serrant délicatement notre main ; et nous faisons de même dans cette forme de rituel, car oui, cet endroit caressé de nos âmes est Sacré, alors nous en sondons la certitude.

Cet instant, souvent le même et pourtant jamais identique ; tandis que les gestes de ce rituel ont été inventés par nous seuls, comme porte ouverte sur un infini qu’on avait semble t-il oublié ; les images pourtant toujours ressemblantes, il n’y a plus la peur du silence et celle du temps que l’on croyait savoir.

Cet endroit qui n’a pas de mur, pas de montre, pas de jugement est Sacré car il raconte pour nous, sans un mot et sans bruit ce que nous ne saurions dire autrement.

Sacré, car il est au delà de la pensée et au delà même de l’amour communément nommé ainsi, il est l’amour en soi, il est l’amour de l’autre tout en nous faisant traverser toujours plus ce « nous » ensemble.

Car dans ces instants insondables des mondes quotidiens, on accède enfin à un monde tout entier et bien plus vaste que celui qu’on croyait, un espace qui a toujours été, cet endroit infini et infiniment Sacré que l’on touche dans un bonheur à jamais éternel.

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