Entendre se briser le « rien ».

 

Comment peut-on parler du silence sans en pénétrer profondément la matière ? Et comment toucher, saisir par l’essence de l’être tout entier cette matière qui n’a pas de consistance, cette vacuité, cet abime du rien si nous ne le ressentons nous-même dans notre corps ?

Il est une chose que de souhaiter le silence, celui des sons extérieurs et aussi du bruit généralisé qui gronde en nous-même, de saisir la profondeur de cette interruption salutaire du bruit des choses qui pénètrent notre être, de ressentir la nécessité d’une réalité ultime qui surpasse ce que nous connaissons de notre "nous" ; mais il en est une autre que de le subir, car dans le silence de l’attente il y a aussi le silence qui blesse ; c'est celui de l’écho d’une voix en espérance d'une sensation, la venue d'un simple murmure .

Mais n’est-ce pas dédaigner les facettes du silence que d’en vouloir sélectionner les formes les plus agréables, les plus conformes à nos souhaits ?

Avec tout son corps baigné de ce silence, vouloir entendre se briser le « rien » d’une façon tellement fracassante, à un point tel que les mots qui naitront du vide seront ceux que l’on a désiré entendre au plus profond de son cœur, aux confins de son âme...

Alors, dans cet endroit vertigineux que l’on ne saurait véritablement situer dans l’espace et le temps, tandis qu’arrivent sans tarder les bestioles de la peur du noir et du doute des résonances, nous procédons souvent à l’effraction sonore en hurlant, les yeux tournés vers le ciel, cet amour fou qui éclate dans ce silence toujours.

 

 

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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