Du langage des sons instrumentaux et concrets, écrits ou improvisés

Du point de vue de l’utilisation de tonalités, modes, systèmes divers dans l’écriture, la chose m’apparaitra toujours floue. Nous ne pouvons jamais prétendre que le système sériel résout tous les questionnements, que la musique spectrale est une réalité qui doit s’imposer.

J’ai usé des modes à transpositions limitées dans « Construction/Déconstruction » ou dans « Correspondances » par exemple car ils m’apparaissaient suffisamment neutres : la symétrie rétablit en permanence l’équilibre des tensions ; on trouve cette notion de symétrie, et je pense, pour des raisons similaires chez Vasarely et Messiaen. Principe ouvert par essence, la symétrie permet à l’auditeur-observateur d’habiter le système de sa propre histoire puisqu’il tend lui-même à une unité et à une neutralité en rétablissant un équilibre.

J’ai usé des modes en miroirs dans « Ti Quan », J’ai usé de principes spectraux dans « Traverses », J’ai usé de séries dont l’ordre des intervalles a été tiré aléatoirement dans les « interstices » mais aucun de ces choix n’apparaît comme une vérité ou quelque chose d’établi définitivement.

Les sons concrets ont eux, leur structure propre et s’échappent des ordres catégoriques que l’on voudrait établir.

A partir de ce principe, un système ne peut répondre qu’a une nécessité en perpétuel changement d’une œuvre à l’autre.

Je peux la concevoir cependant comme une véritable structure vivante qui va pouvoir user de temps pulsés comme de temps lisse et dont les phénomènes qui apparaissent ont leur histoire singulière.

Ces cellules impermanentes apparaissent et disparaissent dans un principe Kairotopique ; elles résonnent, laissent des traces de mémoires plus ou moins nettes chez chacun ; elles peuvent réapparaitre au sein de l’œuvre ou pas.

L’écriture polyphonique peut être contrapuntique puisqu’elle donne à entendre sa structure et développe cette notion : Les sons s’étirent dans le temps, se contractent, les voix se répondent, la mélodie se déconstruit sur plusieurs voix, laissant apparaître la mémoire mélodique spatialisée puisqu’elle est répartie sur plusieurs canaux instrumentaux… Les lignes mélodiques d’une même structure sont joués à plusieurs vitesses simultanément et superposent des intervalles issus du contrepoint qui en résulte. Les énergies sont musicalement conscientes, inspirées des UST.

La notion de « chemins variables » d’une fois sur l’autre sur la partition, comme c’est le cas dans « Traverses » ne permet plus de trouver un ordre cellulaire identique quand bien même on répèterait la chose, et le sentiment de confort tendant même vers le conformisme pour l’interprète le positionne face à une nouveauté quasi-systématique ; de ce fait, le sens et la direction de l’œuvre étant clairement définis, l’aléatoire résultant de l’intuition, des synchronicités pourront émerger à la conscience (si on en suit les principes de la théorie de la double causalité élaborés par Philippe Guillemant dont la résonnance existe chez moi).

Une écriture instrumentale en perpétuel renouvellement donc ; ce n’est pas le principe de l’improvisation qui elle, va répondre à une nécessité immédiate en impliquant plus personnellement l’actant ; posture temporelle différente mais proche de l’interprétation de l’œuvre écrite ouverte. Etat différent également amenant  donc une réceptivité et une réactivité différentes. Issus de temporalités également différentes, cela participe à la Kairotopie.

 

 

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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