Du fait que je n’écris pas de la musique « contemporaine »

Non, s’il faut classer, étiqueter et puis mettre dans un bocal pour finir aux archives… Je passe ma vie, je construis tout mon travail, ma recherche autour du fait d’essayer d’échapper aux dogmes et aux suffixes en « isme » : christianisme, athéisme, je m’enfoutisme, charlatanisme, musicologisme, intellectualisme, impressionnisme, dodécaphonisme, pré ou post modernisme… A ce propos, le végétarisme m’emmerde et je préfère dire que je ne mange pas de poisson ou de viande ou plus généralement pas de cadavre…

La réduction est vite faite, l’estampillage est vite mis, mais au fond il ne correspond en rien de la réalité.

« Tu fais de la musique barrée ! » J’ai quelquefois entendu ces mots à mon propos venant de la bouche de ceux qui étant nés en Provence ou à Lille ou bien Ailleurs, ceux-là mêmes qui se trouvaient une profonde affinité pour la musique brésilienne, la musique de Noh ou encore le blues du Mississipi, jusqu’à en épouser les coutumes culinaires, les expressions verbales, les attitudes gestuelles ou la façon de s’habiller des pays où ces musiques sont nées ! Mais c’est mois qui fait de la musique barrée, disent-il… Soit ! J’essaie pourtant de chercher là, le plus près, seulement tout près de moi-même et en résonnance avec les autres, là…

Mon travail pourtant ne répond à aucun style, je m’y efforce en tous les cas, mais gardons à l’esprit que la musique contemporaine n’en est pas un : pourrons nous saisir le sens littéral de ce qui a fini par terminer dans une catégorie de peu se sens, un bac chez un disquaire, disons qu’il s’agit de musique écrite aujourd’hui, et pas plus ; c’est vaste et plus c’est vaste moins ça désigne et ça classe et plus c’est tant mieux !

Cependant si des musiques différentes étudiées au conservatoire autant qu’avalées au travers de la radio de ma chambre d’adolescent m’ont nourri, je ne me suis pas retrouvé dans ces écoles, ces styles connotés, ces « ismes » et j’ai préféré rechercher quelque chose sans aucun style reconnaissable, sans aucune mode, sans schéma pour encore mieux  me trouver moi-même ; je sais que le chemin est long, je pense qu’il est même sans but car il n’a pas de fin.

Tout ce que j’écris pars de l’expérience directe depuis de nombreuses années avec les musiciens, le public ; je parle d’énergies sonores, de vibrations, de relations, je sais depuis longtemps que dans cette écoute profonde et sincère les à priori tombent vites même chez les plus récalcitrants, pour peu qu’ils veuillent ouvrir leur cœur, pour peu qu’ils s’ouvrent à eux-mêmes.

Non, je n’écris pas de la musique contemporaine, je ne sais pas bien ce que c’est d’ailleurs puisque cela ne définit rien… sinon peut-être de la musique qu’on classerait dans un dossier : Hildegard de Bingen, Guillaume de Machaut, W. A Mozart, Olivier Messiaen, Astor Piazzola, Tom Jobim et puis cent mille créateurs japonais, turcs ou africains que je ne connais pas et qui sont morts (puisqu’ils ont aussi été contemporains en leur temps…), mais cela ferait rentrer la chose dans cette case trop facile pour en entendre parler le moins possible au moment où cela existe ; je sais, cela fait peur d’affronter notre propre temps, notre propre respiration, de se confronter à soi même en acceptant de lâcher ses propres mémoires, celles qui sont finalement si mal assurées en se croyant ancrées ; si nous acceptions de nous accepter dans notre écoute nouvelle, celle d’un son qui nous surprend, celle qui touchera notre Soi profond, celle de vivre un présent en renouvellement et toujours sans jugement.

Non, je n’écris pas de la musique contemporaine, j’écris seulement la musique que j’entend du fond de moi et dont je n’ai pas encore percé le secret.

Et pour cela, n’attendez pas que cela ressemble à quelque chose que vous connaissez déjà.

 

 

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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