De l'anecdote 3

 

Lorsque j’ai dû faire le service militaire, je pense avoir évité le pire.

J’ai intégré la musique régimentaire du « 15.9 », régiment d’infanterie alpine basé à Briançon dont on dit que c’est la plus haute ville d’Europe.

Je me souviens des premiers mots du chef lisant mon dossier ce premier jour d’armée : «  vous avez pratiqué la contrebasse classique ? Vous lisez donc la clef de Fa ? Vous jouerez du tuba ».

J’ai aimé cette logique toute militaire… par chance avant d’avoir commencé la guitare, mon instrument a été la trompette ; j’avais encore les réflexes de doigtés similaires à ceux du tuba.

Pour travailler les morceaux du répertoire de la section musique qui dépendait de la 7ème compagnie (ça ne s’invente pas), nous n’avions d’autres lieux que les douches et les toilettes ; c’est peut-être de là que me vient cette prédilection pour l’amour de la résonance et du son des abbayes cisterciennes… 

Pour nos diverses interventions, il arrivait que l’on joue le matin très tôt, dans un froid glacial faisant sortir la condensation des pavillons des instruments, apportant la sensation de gel des embouchures de cuivres directement sur les lèvres avec cette crainte absurde d’enlever celle-ci en s’arrachant la moitié de la bouche parce qu’elle resterait collée à cause du froid ou de se faire exploser la dentition pour la même raison.

La musique, permettait de motiver les troupes de combats qui allaient construire toutes sortes de formes d’igloos dans les montagnes en simulant des combats, disaient-ils…

Je n’ai plus de souvenir précis du son orchestral qui résultait de ce grelottage mais je me souviens que le son se mêlait avec amour à celui des camions qui noircissaient l’air pur des alpes, celui là même qu’on devait inspirer pour pouvoir faire sortir des sons plus ou moins clairs de nos binious.

Parfois il nous arrivait de défiler. J’ai le souvenir d’une descente ultrarapide dans la rue du centre ville de Briançon où j’ai dû faire un compromis entre le fait de rester bien aligné avec les autres dans le rang, être extrêmement attentif pour ne pas m’affaler sur le sol dans la descente, tuba dans les mains et nez dans le ruisseau qui passait entre les deux rangs. Il fallait aussi arriver à jouer correctement ma partie constituée la plupart du temps de toniques et de quintes ; je gardais cependant la conscience de tout vouloir maitriser du mieux que je pouvais dans ce contexte.

Un sergent-chef à coté de moi ne faisait pas dans la demi-mesure et dans son implication à toute épreuve jouait si fort qu’il faisait cuivrer les notes de façon quasi continue : c’était assez horrible, il couvrait mon son et je ne m’entendais presque pas.

Peut-être que depuis ces expériences plus ou moins traumatisantes en terme de restitution sonore, je me suis intéressé  à la mise en espace  du son, à la notion du mouvement produisant ce son, du bien-fondé et de la justesse du geste pour produire tous ces sons et de la délicatesse de l’univers sonore, en général…

 

 

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