Composition in process 20 : Anamorphose et Unicité

Piazza Napoleone, Lucca (Italie)

D’abord les mots des discours simultanés puis psalmodiés de la place se déplient sans se soucier de leur son ; leur son est pourtant là, dessinant une musique qui ne sait pas qu’elle l’est.

Centonisation où les pièces d’un puzzle nous sont offertes là, juste là.

Tous les bruits de la place racontent chacun leur histoire singulière et commune à la fois, ne connaissant pas le hasard, ils se combinent en même temps à l’infini des autres, les mots du discours sont des bruits, car tout est bruit qui chante son histoire ; mais ce plain-chant est beaucoup trop de choses à la fois pour en percer le mystère !

Alors l’oreille se penche un peu plus sur le tout, elle en saisit un peu mieux les contours, elle peut entendre un peu plus les objets échanger entre eux des murmures en secrets.

Car l’oreille est une loupe qui peut pénétrer l’essence des discours, repons, polyphonies, contrepoints qu’elle ne saisissait pourtant pas d’abord, l’oreille consciente ouvre sa focale et unifie le son entier de la place en son centre, en sa tonique mise en lumière, centre du mandala, car toute chose est le centre où réside l’infini ; nous le sentions pourtant quelque part dans cet invisible univers à portée de nos sens.

Alors le bruit, même le plus improbable, même celui qu’on ne trouvait pas beau au début, devient un son et le verbe s’en détache, et la beauté sort enfin de la toile et se fige un peu plus sur un objet ; apprivoisé, recto tono, unité qui se présente à nous pour se déployer en nous ensuite.

L’humain aidé parfois des dieux, calibre les durées du sauvage, les pèse, les combine dans sa mémoire, dans ses sciences, ses croyances et aussi ses errances, s’offre l’anamorphose du chaos ; gnose en présent depuis la gravité qui le cloue au sol de la place des bruits, il en capte l’essence pour s’en extirper enfin comme un trait lumineux vers les cieux.

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