Composition in process 9 : kaitotopie, où l’univers... s’honore.

La question se pose toujours sur un choix d'écritures des parties : si je laisse intervenir l'aléatoire au sein du principe, au sein même de la kairotopie, si je fais un choix personnel, comment je considère les choix mélodiques et harmoniques ? Question encore sans réponse...

Il y a 2 postures : celle qui nous oriente vers les sons extérieurs à nous et celle qui oriente notre écoute vers les sons intérieurs ; cependant, on le sait, on ne distingue jamais l'une et l'autre chose de façon binaire et tranchée.

L'écriture d'une kairotopie est un tableau global dessinant  et contenant les éléments perceptifs qui vont émerger puis disparaitre physiquement et se transformer dans les mémoires.

Il y aurait donc 2 types d'écriture par phénomène : les phénomènes statiques contenant leur propre histoire et les phénomènes en déplacement ou imitant le déplacement de l'auditeur (pppp...ff...pppp).

Cependant, le public ayant aussi son propre mouvement, sa déambulation possible, peut percevoir un univers comprenant de multiples dimensions : une dimension créée par le son statique dont les entrées et sorties s'apparentent à des rapprochements et des éloignements mais aussi à la dimension amenée par le mouvement du corps dont l'attitude binaurale et le mouvement permet naturellement de filtrer, gagner ou perdre en décibels, de spatialiser (droite ou gauche) son écoute.

Pour cela, les parties de sons fixés, les parties instrumentales, le locus perscpicio (silence/son du public) apportent ces multiples dimensions extratemporelles.

Le principe musical qui m’importe est de replacer le son dans un contexte global, non isolé des autres sons (y compris les sons du public et du lieu) dont on peut déduire des liens, des correspondances et en percevoir des synchronicités.

Replacer le son dans un contexte familier, celui de l'écoute journalière simple mais en mettant en scène ou en permettant la prise de conscience auditive de ces éléments.

La composition reste la mise en évidence, le rapprochement des sons qui permettent une lecture consciente, de notre univers par le son.

Les phénomènes présentent en eux-mêmes des principes variés : des accidents qui peuvent se superposer à une partie (instrumentale ou électroacoustique) en fondus enchainés, ou inversement, par des parties électroacoustiques faites d'accidents se superposant à des éléments stables et immobiles ou comportant une sensation de mouvement.

La kairotopie invite chacun à appréhender à un endroit et à un instant précis que notre univers est multidimensionnel. Elle ouvre cette prise de conscience intime. 

Par une lecture plus proche de nos univers intérieur et extérieur, nous pouvons laisser entrer une énergie créative qui surpasse les autres, l'Amour.

Par là, les notions psycho-musicales s'ouvrent : la notion de continuité/discontinuité, écho, superposition, silence, spatialisation, mouvement, immobilité, répétition, rémanence, ubiquité, synecdoque, fondu enchainé, effraction, métabole (impermanence), masque, créneau...

Ne plus considérer une musique comme seul élément de l'attention et dont "l'emprise" est toujours frontale mais comme faisant partie d'un "tout sonore", atemporel et dépendant de l'observateur. C'est pourquoi la kairotopie ne privilégie pas une esthétique mais ne peut qu'intégrer les esthétiques et accidents sonores dans un même rapport d'existence.

Il se pose toujours la question de la forme... doit-on permettre un développement formel ou bien doit on le céder à l'aléatoire ?

Les familles d'éléments dynamiques peuvent exister, cet ordre de dynamiques peut il être tiré aléatoirement ?... Question sans réponse...

Tout doit pouvoir coexister comme sur une place de marché sur laquelle on pourrait se déplacer librement.

De cette façon, une véritable place, d'un marché bien réel ne permettrait pas de faire une différence notoire dans sa musicalité avec celle de la kairotopie.

Des mouvements variés en terme de dynamiques ne créent pas un univers ou un état séparé mais des éléments faisant partie d'un tout.

Dans l'écriture, il est clair que les événements (phénomènes) doivent être composés, appréhendés séparément même si la question de la déambulation du public se pose toujours...

Bribe écrite à Lucca en Italie...

 

 

 

 

 

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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