Composition in process 7 : de la Répétition

Mon écriture s'oriente de plus en plus, à l'image de mon second quatuor à cordes « Intervalle » (mais aussi de « Traverses » et « Strates ») sur la répétition d'un motif quasi-unique. Simplification extrême du matériel, bégaiement peut-être, l’énergie se déploie peu à peu car ce motif parvient tout de même à exprimer son énergie dans son intégralité au bout de plusieurs tentatives.

Que raconte cette répétition, cette énergie contenue qui veut démarrer et qui finit souvent par y parvenir en terminant par diverses explosions ?

Je conçois de plus en plus le matériel comme une cellule autonome qui déroule son identité propre, il s'agit en quelque sorte d'une graine (c'est l'image que l'on peut utiliser) qui affirme et déploie son caractère. Cette répétition affirmée n’est pas celle de la musique de Steve Reich ou de Philip Glass, aboutissant à des contours mélodico-rythmiques qui se transforment dans leur durée. Ici, l’auditeur s’en empare relativement facilement, fait sienne cette mélodie qui lui devient alors familière ; il en perçoit les changements, y compris ceux qui sont infimes autant dans l’écriture que dans l’interprétation, ceux-là mêmes qui sont amenés par la partition comme ceux issus de ses propres perceptions en évolution. L'auditeur se perçoit en tant qu'observateur vivant.

Pour Deleuze, la répétition est le moteur qui permet de ressentir la transformation et donc la mutation ; saisir par les sens et l’intuition le principe d’impermanence, c’est aussi de cela qu’il s’agit ; c'est une notion privilégiée à la notion verticale, la scansion, celle du mantra.

Dans le mantra, la répétition est affirmation transcendante alors que dans cette répétition en évolution et mouvement, le système vital est en jeu. Il participe également à un processus discernable et certainement prévisible, certainement rassurant dans un sens.

Les transformations du motif sont variables, elle le décompose parfois en le répartissant sur différentes voix, en allonge les valeurs, les raccourcit ; cette graine s’étire, se modèle, s’étale en laissant toujours place aux silencieux (locus perpicio), pour en révéler toujours plus les accidents qui eux, déjouent plus facilement un principe de répétition aléatoire et donc moins rassurant.

soundcloud.com/philippe-festou/intervalle-for-string-quartet

 

 

 

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