Composition in process 18 : « Streams breaking Silence », nouvelle kairotopie.

 

Pour flûte (+ piccolo), clarinette Sib (+clarinette basse), violoncelle, percussions et Live electronics.

Une kairotopie habite un lieu pour y proposer un flux d’actions. « Streams » signifie l’ensemble des flux et écoulements sonores c’est à dire le flot des événements plus ou moins denses, dynamiques et récurrents dont l’énergie habite l'espace sonore.

Cela implique qu’une forme prédéterminée dans l’écriture dont on pourrait décider d’un climax par exemple en est exclue puisque la pièce ne prétend rien d’autre qu’être l’exemple de combinaisons écrites et entendues en conscience des sons riches de nos univers quotidiens, du flux de ces sons innombrables et de ceux de nos pensées.

Le son nait du silence et meurt au silence et la vacuité relative de cette absence illusoire de sons est nourrie des résonnances encore présentes dans notre tête ; la mémoire proche ou lointaine, elle, est nourrie de l’attente inconsciente que chacun a de ces sons, de la projection que chacun en a et dont le matériel est en grande partie liée à notre propre histoire, à notre culture ; le silence révèle ceux existants sur le lieu même de la kairotopie, s’invitant au même titre que les autres (intentionnels ou pas), au cœur de ce qui fait alors œuvre.

Rémanences de mélodies, de matières qui deviennent familières au fur et à mesure du déroulement de la kairotopie, l’esprit et la mémoire s’emparent de ceux qu’ils peuvent appréhender tandis qu’échappent ici et là les éléments accidentels qui cohabitent aussi dans ce paysage ; celui-ci ne propose finalement qu’un parallèle ou un miroir de nos univers quotidiens perçus lorsque nous écoutons attentivement les sons à un endroit déterminé et que nous les combinons avec ceux émis par notre propre mental.

La kairotopie est cela, elle permet l’éveil d’une conscience du quotidien par la récurrence, la concordance des sons, leurs réponses, elle met en exergue les synchronicités.

Dans « Streams breaking Silence » le matériel est de plusieurs natures, celles-ci cohabitent en se mariant, s’opposant, se démarquant… Une mélodie dont un mode japonais est travaillé souvent de façon contrapunctique, une pensée dodécaphonique amenant des accords en clusters, des intervalles non tempérés issus du spectre de la tonique principale (, qui agit comme un « centre » dans l’ensemble de la pièce), des sons concrets (fixés ou instrumentaux incluants celui des percussions à hauteur non déterminées) qui ont un lien de timbre ou d’allure avec les sons instrumentaux, ils permettent d’ouvrir le champs de conscience sur la notion d’intérieur-extérieur, d’espaces de proximité ou de plans sonores très larges, de sons intentionnels ou non, porteurs d’une sémantique claire ou au contraire, de sons instrumentaux enregistrés et réinjectés et dont l’espace perceptif en est modifié ; ceux-ci proposent des interprétations de sens multiples, ces sons agissent à la façon d’une « maya enlightenment ».

L’équilibre à trouver dans l’ensemble des phénomènes est délicat, si l’un prend le pas sur l’autre il aura tendance à marquer la perception de sa spécificité et à faire penser que les autres types d’événements lui sont subalternes.

Il n’y a pas de hiérarchie dans cet univers sonore, c’est la base du principe de kairotopie, elle doit proposer une re-création en conscience de notre quotidien pour éveiller les sens,  en jouant des espaces et des temporalités, en gommant les différences entre ce qui fait traditionnellement œuvre d’art, ce qui fait spectacle et ce qui est notre vécu perceptif à tout moment de la journée.

C’est ainsi une façon de saisir spirituellement le monde dans lequel nous évoluons.

 

 

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