Composition in process 14 : De la synchronicité.

Dans un précédent article, j’avais écrit cela ; cette idée se trouve également dans le livre sur  Le  jeu sunétique   : " Il me semble que c'est parce que l'attention auditive est défaillante qu'elle ne permet pas à notre conscience d'accéder à la compréhension de l'infinie interaction des sons ; incapables que nous sommes souvent à garder notre concentration longtemps et d'apprécier la subtilité de l'univers sonore d'un marché ou d'un café, de saisir la promptitude et la communication des énergies sonores entre elles.
Arrivés à la conscience par le travail autant que dans le lâcher prise, je suis convaincu que les sons nous offrent une clef en or de la compréhension de notre monde."

 

Dans l’article « De l’attention au monde », j’ai pris l’exemple du wagon de train où un frémissement général des passagers arrive à un moment donné du voyage, peut-être au bout de plusieurs heures et repart de la même façon qu’il est arrivé, le tout, en une poignée de secondes ; nous pouvons, si on est très attentif, observer la même chose en restant un moment sur « une place de marché », un port etc. Il y a un milieu sonore qui s’anime donc d’une légère dynamique puis « retombe » délicatement.

Quoi qu’il en soit, il semble y avoir trois éléments à la perception d’un phénomène sonore :

La nature physique du son, l’endroit de l’observation et la nature de l’observateur.

Lorsqu’on observe un lieu, prenons l’exemple d’un étang que l’on a en face en face de soi, nous percevons divers sons : des bateaux à moteur qui amènent aussi des vagues dans notre direction et qui, elles mêmes, ont un son à leur tour ; de même, l’ensemble des sons s’anime subtilement mais indéniablement dans notre direction : des coureurs à pied passent derrière notre dos en se croisant, il en passe environ une douzaine au compte goutte, un vol de mouettes se fait entendre dans le ciel, au dessus de notre tête dans un déplacement de cris, tandis qu'une libellule a frolé notre joue. Nous entendons un couple assis sur un banc pas très loin, ce couple se met à parler plus fort et tout cet ensemble sonore dure quarante secondes, peut être une minute puis le son reprend peu à peu sa dynamique de départ, c’est à dire que l’on perçoit un retour à un calme relatif.

Non que l’on puisse se considérer comme le centre du monde mais parce que le fait de rassembler par la conscience et en un point précis divers phénomènes nous permet de sentir converger les dynamiques de façons fluctuantes et synchrones ; cette image de « centre du monde » ne peut d’ailleurs que nous évoquer l’idée que l’univers tout entier est contenu en nous de la même façon que nous sommes contenu tout entier en lui ; chacun des éléments sonores qui apparaissent comme des phénomènes peuvent être récepteurs à leur tour de façon tout à fait singulière. Chaque point étant alors « un centre du monde » à partir duquel l’univers converge et se déploie.

Lorsqu’on veut percevoir ce phénomène, il faut se donner un temps relativement long ; on constate ces variations si on utilise un sonomètre qui enregistre les niveaux sur une courbe et dans la durée ; alors le niveau en décibel donne une courbe stable et plate au dessus du niveau ambiant moyen et retombe ensuite vers ce niveau moyen. Cependant, le sonomètre ne précise pas l’ensemble et le détail des phénomènes variés qui se sont imposés ; la stabilité momentané sur un niveau plus haut et dont la durée est prolongée est l’indicateur qu’un ensemble de sons synchrones s'est invité durant ce temps prolongé, l’exception est faite sur un seul son tenu dont le niveau en décibel serait la cause de ce facteur.

C’est donc l’écoute humaine seule, peut être aidée de l’enregistreur qui permettrait de déterminer exactement la nature des sons variés et présents ainsi que la nature des sons dans leurs correspondances (si on conçoit, de façon empirique qu’il y a des correspondances des sons entre eux).

Chaque auditeur peut percevoir en son point d’écoute l’ensemble de ces phénomènes dans lesquels il est présent et dans lesquels il est nécessairement impliqué, ne serait-ce que par a propre écoute.

C’est un peu comme si on jetait une poignée de graviers dans l’eau : Chaque point émettra une onde et chaque onde et chaque point sera impacté par les ondes voisines. Cependant les dynamiques changeantes laisseront imaginer que la taille des graviers varierait selon les instants, ce qui créerait alors des ondes plus ou moins longues et dynamiques.

Un point d’écoute qui se situerait en dehors de notre champ d’observation mais dont l’observateur percevrait par sa position une partie de cette « montée dynamique sonore » est-elle identique à la notre ? Non, je ne crois pas ; ou alors, fait-elle partie d’un univers dont le point de sa propre observation en est un nouveau centre ? Autrement dit, il semblerait qu’une partie dynamique impacte l’observation de cet autre observateur mais qu’elle fait partie d’un autre univers perçu par lui, à l’endroit physique et mental où elle se trouve et cela, de façon tout à fait unique.

Je suis donc à la fois le gravier qui peut produire du son et à la fois l’observateur des ondes des autres graviers dont je perçois l’onde sonore.

La question est : D’où viennent ces changements synchrones de dynamiques que nous percevons de notre point d'écoute ? Y-at-il réponse inconsciente des sons entre eux, ou alors, l’ensemble des ondes arrivant subitement est une « décision » au delà des phénomènes observables ?

Question ouverte…

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