C’est l’observateur, seul, qui transforme sa perception

Imaginons 3 plans et postures d’écoute qui sont résolues en une place précise :

·       Les sons inhérents au lieu - locus perspicio (le lieu que j’observe) : bruits des auditeurs, bruits extérieurs à la place s’invitant au sein de cette même place.

·       Les sons comprenant les sons concrets et ceux de nature instrumentale

écrite ou improvisée.

·       Les sons restitués (sons fixés) répartis sur plusieurs enceintes.

 

L’ensemble de ces sons que l’on peut appeler « phénomènes » s’actualisent et se résolvent dans ce Kairos (moment et lieu propice).

 

A cet endroit là, cette place là, il y aura la posture de celui qui écoute, l’Auditeur ; il a la possibilité de changer d’endroit dans le lieu (y compris de fuir le lieu), de déambuler, de flâner dans son écoute, préférant à tel moment se rapprocher de telle source sonore ou de telle autre.

Comme chez Vasarely, l’observateur transforme ici sa perception, il accentue en conscience un contour sonore, donnant plus d’importance à un moment, tel ou tel aspect de son écoute.

D’une autre façon, bien que les deux postures soient reliées, c’est le compositeur, organisateur de la proposition sonore qui met en relief à tel instant ou à tel autre, les phénomènes sonores, c’est la mise en relief de l’objet-phénomène dont je parlais en évoquant Garouste.

Au final, nous pouvons dire que l’œuvre propose des phénomènes et des focus et que l’auditeur agit avec sa propre perception.

La Place (locus perspicio) est un ensemble de phénomènes sonores produits dans des temporalités et des consciences différentes mais toutes résolues dans un unique temps présent.

Les sons inhérents à ce locus perspicio sont mis en évidence (forme de Gestalt) par les autres phénomènes (instrumentales et électroacoustiques) ; ceux-ci renvoient à un silence (l’absence de leur production) mais ce silence n’existe pas en réalité ; il mettra en évidence les sons ambiants souvent involontaires. Ces sons se produisent de façon spatialisée par nature.

Les sons spontanés comprenant les sons concrets produits volontairement et les sons instrumentaux dont les phénomènes sont combinés sur plusieurs points dans son écriture, proposent des événements mélodiques ou amalgamés particulièrement contrapuntiques en étant étirés ou contractés.

Le principe de l’écriture permet à chaque musicien de cheminer sur des parties différentes à chaque répétition du phénomène, ce qui en constitue des variations.

Les sons restitués sont diffusés de façon spatialisée. Dans la même idée, les prises sont souvent réalisées en plans séquence pour donner la part belle à la combinaison naturelle et involontaire de ces phénomènes. Ces prises de sons privilégient le mouvement : soit celui de l’objet qui évolue sensiblement autour du micro, soit celui de la prise de son qui se fait en mouvement (du micro ou du corps selon les nécessités), à cela s’ajoute une seconde prise de son effectuée par un second preneur de son et simultanément à la première ; elle oriente l’action vers des prises de sons de proximité créant des focus sur l’atmosphère générale. C’est une façon de jouer du rapport entre l’angle correct et l’angle d’écoute.

Un son n’est pas isolé de l’ensemble des sons, le locus perspicio dont les phénomènes sont produits involontairement ne contiennent pas les autres mais interagissent avec des positionnements différents : sons fixés ou pas (produits involontairement), sons instrumentaux (produits volontairement).

Dans le rapport de ce triptyque (locus perspicio, sons spontanés et sons restitués), il est possible d’en faire apparaître un qui comprend les autres ; ce qui signifie qu’il n’existe pas de hiérarchie sonore.

La conscience de l’écoute permet de trouver les rapports étroits des sons entre eux ; par ces divers phénomènes habités d’intentions ou de « non-intentions » sonores la notion temporelle est mise finement en « loupe » (Focus).

Cependant, on peut penser que nous organisons un « focus spécifiquement  humain » qui permet à notre cerveau d’appréhender les choses tant il est vrai que les rapports en dehors de ce que nous percevons existent bien.

La Musique permet d’élargir ces champs de conscience, d’établir un pont entre ce qui est discernable humainement et ce qui ne l’est pas à priori.

Extrait de « Traverses 1 » pour 4 instruments au choix spatialisés

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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