Boussole à Catania (Sicile, Italie).

 


 Lea Canu-Ginoux (Compagnie Meaari) et Giovanna Velardi (Compagnie Giovanna velardi), chorégraphesChikako Hosoda (violon) et Philippe Festou (compositeur).

 

 

 

 

 

Les notions de temporalités sont au coeur de chaque art ; la rencontre de médias différents confronte la réalité même de l’un aux fluctuations temporelles de l’autre ; ce qui ressort de cela est souvent magique autant que tragique dans son essence. Entendons par le mot « tragédie », tragédie humaine, celle de l’arrachement à la pulsation, telle une montre qui emprisonne le temps dans nos habitudes et nos mécanismes tout en maintenant inconsciemment nos gestes et nos pensées dans le quotidien d’une dictature du temps et de notre temps.

C’est un arrachement dans la marche déterminée, comme celle d’un homme sculpté par Giacometti. Un arrachement « à s’en rendre fou » (mais la folie n’est-elle pas le risque de la liberté disait Lacan ?) Accéder à  une véritable élévation, une libération inévitable, voilà la profonde volonté.

Dans ce principe   Kairotopique  , Boussole joue de l’aléatoire des rencontres des corps, des trajectoires et des univers sonores, ouvre les transversales entre l’audience et l’actant en l’invitant à se laisser pénétrer de l’essence d’un monde que l’on rêve plus fluide, en accueillant ses propres perceptions de façon nouvelle, et surtout dépouillées enfin de toute idée de jugement prématuré.

Comment depuis cet univers de « la place de marché », notre conscience humaine s’oriente, se trame… voilà se qui se trame dans Boussole.

La partition du violon déploie une graine depuis le Sol (la note et la terre) en direction d’une infinité de potentialités rythmiques et de matières à varier, à ajuster en fonction du sens de l’aiguille et de l’état d’esprit, pour revenir au spectre de cette tonique dans des répétitions qui s’amplifient, s’affirment comme pour conjurer le sort dans ce qui nous maintient sur le Sol. Les sons fixés en résonnances, en occurrences d’un monde extérieur, hors de ce présent qui paraît gagner du terrain par la perception d’une profonde et unique réalité à accomplir et dont le silence ou plutôt ce qui habite ce silence révèlera peut-être de secret.

Il s’agira alors de laisser la matière de l’esprit emprisonné céder, pour qu’enfin elle se révèle à elle même.

 

Création a Séoul par l'ensemble Timf, août 2015

 
 

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